Acrobate musical, Oxmo Puccino nous revient avec un cinquième album. Coup de projo sur « L’arme de paix », celle d’un poète récidiviste. Interview.

L’arme de paix est un album rap empreint de différentes influences. Est ce pour rappeler que le rap fait partie de la chanson française ?

De la bonne musique. Le genre qu’on colle, c’est une cloison invisible, un frein vers le plaisir. Oui, je suis rappeur. Mais un rappeur ouvert. Je ne me pose pas la question. Mon essence est hip hop, c’est un fait. J’ai toujours eu beaucoup d’influences, mais pas toujours les moyens de les redistribuer. Chose que j’ai apprise récemment. Je n’ai rien à démontrer sur le rapport du rap français avec la chanson française: c’est établi. Un art qui se pratique en français et intéresse des millions de personnes, si ce n’est pas de la chanson française… c’est quoi? 

Plutôt que d’aborder des sujets de société, tu nous parles d’émotions. Une façon de rassembler?

Un moyen d’évoquer l’essentiel. Les sujets de société, c’est de la diversion. Je voulais, par la larme, toucher à l’humanité. La comprendre un peu plus, afin de l’embrasser d’une meilleure manière. C’est très difficile de parler des émotions. Surtout aujourd’hui, où la technologie nous prend un peu de notre humanité. Faire un album autour del’émotion était primordial. Elle devient de plus en plus rare!

Pourquoi L’arme de paix?

Parce qu’une apostrophe change tout. On passe d’un mot à l’autre, complètement opposé. Parce que les paroles sont dures, mais empreintes de bonne volonté – on obtient finalement rarement la paix de façon pacifique. Ce titre est un conseil urgent, pas un message à la mordmoi- le-noeud qui souhaite que tout le monde marche sur des pétales de rose.
 
Tu dis « avoir donné ce qu’il y a de plus positif » en toi dans cet album. Pourtant, sur la pochette, une larme. Paradoxal?
Non. On peut pleurer de joie. Sur cette photo, mon visage est inexpressif, et il y a cette larme qui coule… Quelque chose qui nous échappe quand il y a trop d’émotions. La vérité est que nous avons tous envie de pleurer et nous ne faisons que nous retenir. Je fais état du monde tel qu’il est, en essayant de prendre le bon côté des choses. Un conseil: vivez votre vie, et réfléchissezy d’une manière qui puisse enrichir tout le monde.
 
La meilleure arme de paix?
Chaque personne, par ses décisions. À partir du moment où on est sur terre, on a un pouvoir, mais aussi une dette. Si on ne s’en acquitte pas, on subit les affres du destin. Les actes et les conséquences. L’arme de paix, chacun la détient en soi et décide d’en faire ce qu’il veut. C’est à la portée de tout le monde de sourire au premier passant, de chercher une issue. Tu as ce pouvoir, à toi de l’utiliser à bon escient ou pas.
 
La musique a-t-elle encore un rôle à jouer?
Plus que jamais. C’est un des rares véhicules d’émotions. C’est pour ça que les salles de concert se remplissent. La liberté est une notion de moins en moins concrète, et les diversions deviennent de plus en plus importantes. La musique dépasse même le divertissement, c’est thérapeutique. Un concert, c’est le seul endroit où l’on se réunit pour partager quelque chose de non palpable, avec des effets sur une multitude de gens.
 
Tu sors aussi un recueil de textes, Mines de Cristal…
L’opportunité s’est présentée récemment, j’ai sauté sur l’occasion! J’ai toujours écrit dans l’optique que mes textes soient lus séparément de la musique.
 
Tes projets?
Un roman. Un beau roman. Et continuer cette tournée de fou. La cartonner. Vendre 500000 albums… normal, quoi! La routine!
Initialement paru dans Respect Mag n°22
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