Pendant cinq mois, la Fondation Cartier consacre une expo au graff. Les cultures urbaines s’incrustent dans les institutions, entre reconnaissance et récupération.

Cartier qui célèbre le graff… c’est comme Drucker qui rend hommage à NTM. Décalé. Improbable. Déjà, en sortant du métro, on aurait dû reconnaître les signes qui ne trompent pas. Au cœur des beaux quartiers parisiens, un jeune est en train de graffer sur les murs de la Fondation Cartier, « dégradée » pour l’occasion. Mise en scène ? En tout cas, l’aérosol d’habitude si controversé a le droit de squatter le prestigieux musée. Dès l’entrée, on nous annonce la couleur : des installations graffées par les plus grands noms actuels. JonOne, Cripta, Olivier Kosta-Théfaine, Barry McGee, Nug et bien d’autres ont investi les lieux. Et, histoire de ne pas les dépayser, on a leur même offert une (fausse) porte de métro pour s’exprimer. Graffitiquement correct, vous l’aurez compris. Mais ces installations n’en demeurent pas moins hallucinantes. La preuve que le graff a désormais sa place dans le cercle très privé de l’art contemporain. Il en représente peut-être même le dernier mouvement figuratif.

(c) Henri Chalfant
(c) Henri Chalfant

C’est donc avec enthousiasme qu’on plonge dans le New-York des années 70’s-80’s, à la (re)découverte d’un courant artistique hors-norme. A cheval entre création et vandalisme. Que les aficionados soient avertis : ici, pas d’inédits. L’exposition présente essentiellement les œuvres fondatrices : le film Wild Style, les photos d’Henry Chalfant… Des instants d’authenticité, qui resituent le graff dans un contexte historique souvent inconnu du grand public. Et c’est peut-être là tout l’intérêt de cet événement. Le catalogue de l’expo mérite d’ailleurs un vrai détour : entretiens, photos, récits… c’est ici que ça se passe réellement.

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Alors, »Né dans la rue » donne-t-elle ses lettres de noblesse au graffiti ? Quelques mois après l’expo « Tag » du Grand Palais, il semble en tout cas que l’art urbain soit dans l’air du temps. Enfin, côté business. Sur le marché de l’art, ces « vandales » ont vu leur blaze monter en flèche. Et leur croquis se négocient désormais dans des contrats à quatre zéro. Pendant ce temps là… Soixante graffeurs comparaissent pour vandalisme devant le tribunal de Versailles. Verdict en septembre. Moralité : le tag c’est beau… (seulement) dans les musées. Mais si vous voulez voir des graffitis, regardez autour de vous. C’est là que ça se passe. Dans la rue.

Leila Haddouche & Aurélia Blanc

> « Né dans la rue », jusqu’au 29 novembre 2009. Fondation Cartier, 261 bd Raspail – 75014 Paris

 

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