La Cité de l’Histoire de l’Immigration consacre une rétrospective à Patrick Zachmann, Ma proche banlieue. Depuis près de trente ans, le photographe de l’agence Magnum explore les questions d’identité, d’immigration, de mémoire. Et pose un regard sensible sur la vie des grands ensembles.

© Patrick Zachmann
© Patrick Zachmann

Novembre 2005, les banlieues françaises s’embrasent. Des images qui font le tour du monde. Jusqu’à Shanghai, où Patrick Zachmann découvre cette actualité à la télé. Partagé entre son désir de couvrir l’événement et sa réticence à nourrir les clichés médiatiques, il décide «de montrer cette révolte et son inévitable mise en scène à travers le prisme des captures d’écran». Décalage entre l’image des quartiers populaires et leurs réalités.

Trente ans que Patrick Zachmann parcourt les ensembles urbains, fixant sur papier leurs multiples facettes. Une série de photos réalisée en 1997 à Fresnes (94) dévoile des paysages du quotidien: centre commercial, habitations… La banlieue «à la fois banale, froide, tranquille et ennuyeuse». Deux ans après, il photographie des habitants traversant ces mêmes lieux. Normal: l’individu est au cœur de sa démarche. Et, à travers lui, le thème de l’identité et de la mémoire.

Destins

1984. Patrick Zachmann anime un stage photo dans les quartiers Nord de Marseille auprès de onze jeunes. Six mois durant, il amène Ali, Yahia, Hocine et les autres à explorer leur identité. Vingt-et-un ans plus tard, il retourne à Marseille pour les retrouver. Poussé par un constat : sur la scène médiatique, les figures de «jeunes de banlieue» se succèdent au gré des flambées de violence, «comme s’ils ne vieillissaient jamais, comme s’ils étaient interchangeables».

Chérif, Yahia et Hocine, « La terre rouge » . Cité Brassens, septembre 1984.
Chérif, Yahia et Hocine, « La terre rouge » . Cité Brassens, septembre 1984.

Il s’intéresse aux adultes que sont devenus ses anciens stagiaires; des personnes qui, comme la cité, se sont métamorphosées. Au terme de trajectoires souvent chaotiques, certains se sont rangés, d’autres ont disparu. Patrick Zachmann leur consacre un documentaire, Bar Centre des Autocars, du nom du bar que tient Ali, assassiné peu après le tournage. Poignant. Patrick Zachmann humanise la banlieue, capte des instants de vie. Des destins brisés, des moments de bonheur… L’aller-retour dans le temps est saisissant.

« Enquête d’identité »

Plus qu’un simple photoreporter, Patrick Zachmann s’attache à restituer l’histoire des quartiers populaires. En passeur de mémoire, il pénètre l’intimité des foyers avec ses Portraits de familles, photographie les Jardins ouvriers, en profite pour recueillir la parole des habitants… En 1986, il immortalise la première démolition d’une barre de la Cité des 4000 à la Courneuve (93). Puis se penche sur la question de l’immigration. Confronte la réalité des Maliens qui vivent à Evry (91) à celle de leur pays d’origine, à travers les photos des proches restés au village. «Autant de complexes identitaires et de chocs culturels que je tente de retranscrire visuellement», explique-t-il.

© Patrick Zachmann
© Patrick Zachmann

La quête identitaire, thème central de son travail, a d’ailleurs poussé Zachmann à mener sa propre « enquête d’identité », dans les années 80. Sept ans d’exploration photographique pour se trouver, lui qui ne se sent «ni vraiment juif, ni vraiment français». Et ne cesse de rappeler l’importance de la transmission mémorielle: «l’identité, individuelle ou collective, n’est possible que lorsque l’Histoire et les histoires ne sont pas cachées mais révélées.» 

> « Ma proche banlieue », jusqu’au 11 octobre 2009, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Paris.

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