Un rapport scientifique paru en juin 2009 prouve l’existence de contrôles au faciès discriminatoires au sein de la police et tire la sonnette d’alarme.

2007, la fondation américaine Open Society Justice Initiative entreprend la première étude scientifique sur l’existence de contrôles au faciès au sein de la police. Menée par Fabien Jobard et René Lévy, chercheurs au CNRS, l’enquête a eu lieu à Paris. Zones ciblées : le périmètre de la Gare du Nord et de la station Châtelet-les-Halles, deux sites très fréquentés et marqués par une forte présence policière. Deux ans et 500 contrôles plus tard, les resultats sont rendus public.

Conclusion : “les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence” des gens, non sur leur comportement. Les personnes noires ou magrébines “ont été contrôlées de manière disproportionnée” par rapport aux blancs. Selon les endroits, les maghrébins courent entre 2 et 15 fois plus de risques d’être contrôlés ; les noirs, eux, courent entre 3 et 11 fois plus de risques que les blancs d’être soumis à un contrôle.
Outre l’âge (les jeunes sont davantages visés) et le sexe (on contrôle surtout les hommes), un autre facteur s’avère determinant : le style vestimentaire. Les individus portant des vêtements liés à la “culture jeune” (hip-hop, tektonik, punk, gothique) “ne forment que 10% de la population, mais constituent jusqu’à 47% de ceux qui ont été contrôlés”. Selon le rapport, “en visant des personnes à cause de ce qu’elles ont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent les stéréotypes sociaux et raciaux. L’attention accrue que la police accorde à certaines personnes peut entraîner une augmentation des conflits avec le police, lourds de conséquences”.
Pour lutter contre le délit de faciès, le rapport soumet plusieurs propositions. Exemple : reconnaître publiquement le problème, enregistrer systématiquement les contrôles d’identité sur un formulaire, ou exiger des policiers qu’ils expliquent les raisons du contrôle à la personne concernée, et l’informent sur les droits et responsabilités de chacun.
Aurélia Blanc
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