À l’heure où l’on parle temps de dialogue entre la police et ses concitoyens, et où le premier flic de France se permet des vannes racistes en public, Binod, entrepreneur d’origine népalaise de 43 ans, s’est retrouvé menotté en public suite à contrôle d’identité. Témoignage.

« Mercredi, 8h45, métro Charenton-Ecoles (94).“Vos papiers, contrôle d’identité”. En route pour le travail, je réponds avec courtoisie aux trois policiers. Ils me fouillent, ainsi que mon sac de sport : rien de suspect. Comme je n’ai pas mes papiers sur moi, je donne ma carte de transport, avec nom, prénom, adresse et date de naissance. Pendant que le chef s’en va vérifier mon identité, les deux autres policiers me questionnent: lieu d’habitation? Activité professionnelle? “Je suis entrepreneur, résident français depuis vingt ans, ancien combattant de la Légion étrangère”. Quand le chef revient, son attitude est différente, plus dure: “on ne vous trouve pas dans nos fichiers, vous allez nous suivre au commissariat”. Un collègue ajoute: “on doit vous menotter”. Je ne suis pas armé, je n’ai pas enfreint la loi: les menottes sont-elles indispensables? “C’est la procédure…” Pas le choix. J’étais dans mon quartier, à l’heure de pointe, il y avait plein de monde. Quelle différence si on avait trouvé une bombe dans mon sac? Aucune.

Une fois dans la voiture, je leur fait remarquer qu’ils n’étaient pas obligés de me menotter. Réponse : « Peut-être qu’au Népal, ça se passe autrement, mais ici on est en France, et ça se passe comme ça! » Arrivé au commissariat, je me retrouve menotté à un banc, avant d’apprendre que je suis libre, dix minutes plus tard. C’est pourtant avec la même carte de transport qu’ils ont vérifié mon identité ! Pas un mot d’excuse. “On ne vous avait pas trouvé, se contente de dire le chef. C’est pour votre sécurité qu’on vous a emmené. Ca fait partie du métier, c’est la routine”.

Pour un individu lambda, les menottes ne font pas partie de la routine! Elle doivent être le dernier recours. Dans mon cas, elles ne se justifiaient pas. Même si ça ne dure que dix minutes, tous les regards sont braqués sur vous : chacun peut imaginer n’importe quoi. La dignité est bafouée. Jusqu’à ce matin j’avais du respect pour la police. Désormais je ne me précipiterai pas pour les aider. Quant à “ma sécurité”, je trouve plus supportable de se faire cambrioler que de voir sa dignité bafouée en public! Dans un vol, on a toujours l’espoir de retrouver ses biens ou de faire marcher l’assurance… mais avec sa dignité, on perd l’estime de soi. Ça peut détruire une personne.

J’ai commis une erreur en oubliant mes papiers, j’ai été puni sévèrement. Mais les policiers ont aussi fait une erreur : ils ne m’ont pas trouvé dans leur fichier, malgré l’exactitude des informations. Eux ne sont pas punis! Mon devoir de citoyen, c’est d’en parler : je ne réclame ni excuses ni argent, mais cela ne doit pas se reproduire. Il faut que la dignité des gens, même pauvres ou étrangers, soit respectée. »

Recueilli par Aurélia Blanc

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