Le temps d’une expo, le photographe investit les murs de la capitale. Women are heroes : un hommage plus grand que nature aux femmes d’ici et d’ailleurs.

Depuis quelques jours, les murs de Paris ont des yeux. Immenses. Troublants. Des regards de femmes qui ont investi le 4e arrondissement, du pont Louis-Philippe aux quais de l’île Saint-Louis. Une expo de rue, en somme.

Derrière cet évènement : JR. Bien loin du héros de Dallas, celui-ci, Français, préfère la photo au pétrole. Un peu citoyen du monde, aussi. Seulement 26 ans, et déjà un globe-trotter aguerri. Parti des banlieues parisiennes, d’où il avait tiré les « Portraits d’une génération », l’artiste a fait un détour par le Proche-Orient, avant de se pencher en tout bien tout honneur sur les femmes. Soixante-dix portraits, de celles qu’il estime être « les vrais piliers de la société, malgré les violences du quotidien, les guerres, ou simplement les discriminations ». Des clichés réalisés au Brésil, au Cambodge, en Sierra-Léone ou en Belgique, qui composent Women are heroes, visibles pendant un mois dans un quartier très chic et très cher.

Alors, que se passe-t-il quand les femmes squattent les murs et matent le passant ? « C’est rare… et très sympa », estime Shérazade, 26 ans. Un avis partagé par Timothée : « Super beau. C’est de la peinture ou du graff ? » Rien de tout ça : de la photo en noir et blanc, agrandie et collée sur la pierre. Le procédé étonne, et suscite bien des questions. Patrick, 46 ans, passe par là tous les jours : « Au départ je me suis demandé si c’était une performance artistique non-autorisée. » Vu le parcours de JR, ça aurait pu être le cas. Pas cette fois : l’expo, officielle et éphémère, a même droit de cité au Pavillon de l’Arsenal.

« C’est génial ! Surtout les yeux sur le pont, avec les bateaux-mouches qui passent en dessous. Énorme ! », s’enthousiasme Messaline, 22 ans. Et, face à ces œuvres, certains s’autorisent une petite envolée lyrique : Sébastien y voit « un art qui remet du sacré dans la ville. Une très bonne chose, dans un monde où tout va trop vite. » Soit, mais les femmes monumentales du photographe ne sont pas du goût de tout le monde. « Pas vraiment notre tasse de thé, regrettent Guy et Antoinette, la soixantaine. Il aurait mieux valu mettre des bronzes, des gargouilles ou des photos de la capitale. Là, ça détonne avec le quartier : on ne reconnaît plus Paris ! » 

Helena, 25 ans, trouve au contraire l’initiative « exceptionnelle. Impressionnant de voir ça ici. En plus, ça met le quartier en valeur de façon super originale. » Son de cloche identique chez Nathalie, galeriste dans le quartier : « C’est très bien qu’il y ait ce genre de choses dans ce coin pittoresque, pour réveiller un peu ces « greniers sales ». Leur montrer ce qu’on peut faire de nos jours. » C’est bien là le but de l’artiste, pour qui  « déplacer certaines limites en investissant des lieux hors normes permet de traiter de sujets d’actualité de manière innovante. »

Aurélia Blanc

Pavillon de l’Arsenal, jusqu’au 23 octobre 2009.

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