La Cité nationale de l’histoire de l’immigration se penche sur l’enracinement des Nord-Africains en France. Une exposition à ne pas manquer.


Passer de la mémoire à l’histoire : c’est l’un des objectifs de « Générations », qui s’expose actuellement à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) à Paris. Jusqu’au 18 avril 2010, le musée retrace « un siècle d’histoire culturelle des Magrébins en France ». Photos, chansons, affiches, les archives ont été sorties des cartons. En coulisses : l’association Génériques, qui travaille depuis 1987 sur l’histoire de l’immigration.

« Cette exposition comble une lacune », expliquent le président du Conseil d’orientation du CNHI, Jacques Toubon, et le délégué général de Génériques, Driss El Yazami. Regarder l’immigration par la lorgnette de l’histoire : une démarche tellement rare, que c’est, a priori, une première pour un musée national. Mais « Générations » n’a rien d’un un cours d’histoire-géo soporifique. Au fil de l’exposition, on a plutôt l’impression d’ouvrir une vieille malle remplie de souvenirs. De dépoussiérer les vestiges d’un secret de famille bien gardé.

Déjà deux siècles, pourtant, que les destins de la France et du Maghreb sont entremêlés. Et, pour raconter la « sédentarisation inéluctable et toujours en question » des Maghrébins en France, les organisateurs ont choisi de créer sept séquences, correspondant à différentes époques. Représentée par une couleur, nourrie de musique et d’images, chacune d’entre elles plonge le spectateur au cœur de l’Histoire. Et l’amène à découvrir l’émir Abdelkader, fêté par Napoléon III, à se rappeler les turcos, les tabors, les spahis et les tirailleurs de la Seconde Guerre mondiale ou la Marche des beurs (de son vrai nom, marche pour l’égalité et contre le racisme) de 1983.

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Autre parti pris : adopter « le point de vue des populations dont on parle ». Les grands chanteurs de l’époque, produits par la Pathé, évoquent l’exil et ses déchirements. Quand, dans le même temps, les premiers commerçants maghrébins ouvrent boutique à Paris, posant fièrement devant l’objectif. Les studios Harcourt immortalisent la belle Noura, et les frères Amar font un tabac avec leurs numéros de cirques. Plus tard, dans les cafés enfumés, les scopitones diffuseront les clips chantant le pays. Mais la violence n’est jamais bien loin. Bidonvilles crasseux, mouvements ouvriers et grèves des loyers : un pan de l’histoire inconnu, ou presque, pour qui n’a pas d’ascendance maghrébine.

Liberté, colère, espoirs, nostalgie… L’exposition parvient à mettre en lumière les sentiments qui ont traversé des « Générations ». Mieux, elle réussit à faire vibrer le spectateur, tout en l’interrogeant. 2010 : la reconnaissance de la diversité de la société a progressé, mais des crispations demeurent. Et demain ? « L’enjeu pour les nouvelles générations, toutes origines confondues, consiste probablement à regarder sereinement le passé, conclut l’exposition, sans amnésies ni lecture manichéenne ».

Aurélia Blanc

« Générations. Un siècle d’histoire culturelle des maghrébins en France ».
> Jusqu’au 18 avril 2010 à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration – 293 avenue Daumesnil, 75012 Paris.
> Du 12 juin au 28 août 2010 aux Archives municipales de Lyon – 1, rue des archives, 69002 Lyon.

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