Faute de trouver un emploi en France, de plus en plus de Français se tournent vers la Suisse. Marine et Paul, 25 ans à peine, sont de ceux là. Témoignage.

Adieu Paname, son reu-reu et ses embouteillages ! En novembre dernier, Marine et Paul, un jeune couple d’Alfortville (94), ont décidé de lever le camp pour s’installer en Haute-Savoie. Changement de décor radical. « Montagnes, calme, air pur », énumère Paul, 25 ans. Mais plus que la nature, c’est du travail qu’ils sont venus chercher. Celui qui se trouve de l’autre côté de la frontière, en Suisse.

Après cinq ans dans l’armée, Paul s’est mis en quête d’un job dans la sécurité. Alors qu’en France les portes se sont fermées les unes après les autres, les employeurs suisses, eux, lui ont ouvert les bras. Depuis trois mois, il bosse dans une entreprise de Genève, dans le secteur du luxe. En CDI. « Impossible en France, estime-t-il.

« Chez nous, les recruteurs demandent des formations spécifiques, qu’il faut pouvoir se payer. En Suisse, les entreprises s’intéressent surtout à ton expérience, et te payent les formations nécessaires. » Et puis, les salaires y sont bien plus élevés. « L’équivalent du SMIC se situe autour de 1800€ net », se réjouit Paul.

A Genève, un coiffeur gagne en moyenne 2500 € par mois… Résultat : de plus en plus de Français lorgnent vers la Suisse. Sans pour autant y habiter. « Aucun intérêt, tranche Marine, 23 ans. La vie y est plus chère, on perdrait la sécurité sociale et les Assedic, il faudrait ouvrir une ligne de téléphone suisse…» Alors chaque jour, Paul franchit les 40 km qui le séparent de Genève. Aux heures de pointe, il voit « les files continues de voitures passer la douane. Certains viennent même de Lyon ».Depuis 1998, le nombre de travailleurs frontaliers ne cesse d’augmenter en Suisse : 177 500 en 2005, ils étaient 212 500 en 2008. Et dans le seul canton de Genève, ils sont aujourd’hui plus de 65 000, dont 99% de Français.

Affiche de l'UDC, parti suisse ouvertement xénophobe
Affiche de l’UDC, parti suisse ouvertement xénophobe.

 

De quoi irriter les Helvètes. En octobre dernier, l’UDC, parti politique suisse d’extrême-droite, crée la polémique avec une affiche : dénonçant la création d’une ligne de transport entre Annemasse (74) et Genève, le parti fustige les « racailles » et les « criminels étrangers » venus de France. L’info crée le buzz, nos médias la relayent, les reportages se succèdent. « Il y a parfois des tensions, reconnaît Marine. Mais rien à voir avec ce qui a été montré. C’est exagéré. » Paul acquiesce : « Même si au fond ils ont sûrement l’impression qu’on leur vole leur boulot, on ne ressent pas trop de rivalité. »

La Suisse, nouvel eldorado? « Pas si simple, rétorque Marine. Les employeurs ont des quotas, pour des emplois ciblés. » Une immigration choisie, en somme. « Plein de gens cherchent mais ne trouvent rien. Et il faut oublier l’intérim : c’est comme en France, il n’y pas de boulot, explique-t-elle. Beaucoup ont lâché l’affaire. » Comme son pote Dorian qui, après un an de recherches infructueuses, tente aujourd’hui de monter sa boîte en France.

« Il y a énormément de chômage en Haute-Savoie », rappelle Marine. Elle a trouvé du travail comme éducatrice spécialisée. De CDD en CDD, elle espère trouver enfin un job stable… et intéressant. Une denrée de plus en plus rare. Petits salaires, recrutements frileux, discriminations : pas un hasard si le nombre d’expatriés ne cesse de grimper. En 2008, ils étaient 1,4 millions à avoir quitté la 5e puissance mondiale pour pouvoir travailler. De quoi se poser des questions.

Aurélia Blanc

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