Ce sont eux, les grands absents du débat public. Invisibles dans les médias, ignorés des partis politiques, les jeunes ruraux se sentent plus que jamais abandonnés. Dans le très agricole département de l’Orne, Causette est partie à la rencontre de cette jeunesse qui évolue dans l’angle mort de la République.

Un vent cinglant s’engouffre dans les ruelles pavées de Mortagne-au-Perche (Orne), incitant les rares passants à s’emmitoufler. Dehors, quelques adolescents traînent leur ennui sur le parking du centre-ville pendant que des habitués discutent boulot et résultats footballistiques au café d’en face. En ce mercredi après-midi, rien ne semble pouvoir rompre la douce torpeur qui enveloppe cette ancienne cité médiévale. Pas même la perspective des élections municipales.

Dans cette petite ville de quelque 4 000 habitants, le scrutin est loin de déchaîner les passions. Surtout chez les jeunes. « Je ne sais pas encore si j’irai voter. Ça ne m’intéresse pas vraiment », confie Marie Hermenier, 18 ans, en terminale professionnelle conseil-vente en produits alimentaires. Employée depuis trois ans en alternance dans la grande distribution, cette coquette Normande semble plus soucieuse de son avenir que d’une vie politique dont elle n’attend pas grand-chose. « Le maire, il va le samedi matin sur le marché serrer la main des petits vieux, ou au club des retraités… Là, on le voit ! Mais pour nous, il n’y a rien. Quasiment tous mes copains sont partis à Caen, au Mans, et même en Australie. C’est désert, ici », résume-t-elle sur le pas de la porte de la maison familiale rurale où elle est scolarisée. Elle aussi n’attend qu’une chose : gagner son autonomie, et décamper dans une grande ville. Pas vraiment étonnant, dans un département qui attire retraités et Parisiens en manque de nature, mais voit migrer ses étudiants vers les pôles urbains de Bretagne ou d’Île-de-France. [Lire la suite]

 

 

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