Porté par et pour les femmes noires, l’afroféminisme connaît aujourd’hui un nouveau souffle. Un vent de révolte qui s’est levé sur Internet et dénonce les limites du féminisme traditionnel.

Elles ne veulent plus attendre qu’on daigne leur donner la parole. Alors elles la prennent, quitte à sortir des circuits traditionnels. Voilà deux ans, la comédienne, auteure et militante Amandine Gay a décidé de passer derrière la caméra pour réaliser un documentaire sur les Afrodescendantes de France et de Belgique. Des dizaines d’entretiens et une campagne de financement participatif plus tard, elle s’apprête aujourd’hui à sortir Ouvrir la voix. Autoproduit (1), ce long-métrage met en lumière vingt-quatre femmes aux parcours divers, qui témoignent toutes d’une même expérience, celle d’être femme et noire dans l’Europe francophone postcoloniale. En septembre dernier naissait une autre initiative, sur Internet cette fois : la directrice artistique Rhoda Tchokokam a lancé Atoubaa, une plateforme collaborative dédiée à l’expression des femmes noires. Point commun entre les deux projets ? Tous deux répondent à l’invisibilité criante des « afropéennes » dans le paysage médiatique et culturel français (lire Causette #67). Et tous deux sont portés par des femmes qui incarnent une nouvelle génération d’afroféministes, bien décidées à parler par et pour elles.

Avoir voix au chapitre

Depuis quelques années, elles sont de plus en plus nombreuses à brandir l’étendard de l’afroféminisme. Né dans le sillage du Black Feminism américain (2), ce mouvement part d’un constat simple : les femmes noires sont confrontées à la fois au sexisme et au racisme. Pourtant, leurs problématiques ne sont prises en compte ni par les mouvements féministes classiques (majoritairement blancs) ni par les organisations antiracistes (traditionnellement dirigées par des hommes). « Nous sommes les personnes les moins entendues. Il est donc important de nous retrouver et de militer entre nous parce qu’on est les seules à nous comprendre et à pouvoir faire changer les choses », nous expliquait, l’hiver dernier, la journaliste Naya Ali, alias La Ringarde sur YouTube, où elle évoque régulièrement ces questions. [Lire la suite dans Causette #73]

Publicités