Comme chaque 8 mars, les bonnes intentions des politiques sont de sortie. Après la déflagration Baupin en mai dernier, tous l’ont d’ailleurs crié sur les toits : « Sexisme, pas mon genre. » Vraiment ? Dans les couloirs feutrés du Parlement, les femmes dénoncent pourtant un immobilisme tenace. Et un terrain toujours propice au harcèlement.

C’était il y a un an : une brochette de huit députés pose gravement avec du rouge à lèvres pour dénoncer les violences faites aux femmes, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Parmi eux, Denis Baupin. « Je n’étais même pas allée voir la photo, tellement ce que j’en entendais m’écœurait, se souvient Elen Debost, conseillère départementale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) du Mans, qui a, depuis, porté plainte contre lui pour des faits de harcèlement sexuel. Mais le 11 mars, la photo surgit sur mon fil d’actualité Facebook, donc je ne peux plus l’ignorer. J’ai vomi. Tout simplement. Le choc passé, j’ai fait un post pour dire qu’il n’y avait pas de limite à l’indécence. » Pour elle, « l’affaire Baupin » commence ainsi.

Deux mois plus tard, le scandale éclate au grand jour : Elen Debost et trois autres femmes dénoncent sur France Inter et Mediapart le harcèlement, voire les agressions sexuelles, de la part du ponte d’EELV. Au total, elles seront quatorze à raconter les mêmes SMS graveleux ou gestes déplacés. Un séisme médiatique qui pousse la justice à ouvrir une enquête et conduit immédiatement Denis Baupin à démissionner de la vice-présidence de l’Assemblée nationale (lire l’encadré « Denis Baupin, toujours député »). Au sein de la noble institution, les députés affichent publiquement leur indignation. Mais hors micro, les propos ne sont pas toujours amènes… envers celles qui ont eu le cou- rage de parler. « Certains collègues passaient à côté de moi et me disaient en se marrant : “J’espère que t’as effacé les SMS que je t’ai envoyés”, ou faisaient des petites blagues du style : “Je vais hésiter à te faire des compliments” », raconte, atterrée, la députée Isabelle Attard (ex-EELV et ex-Nouvelle Donne), qui fait partie des quatre femmes à avoir témoigné en leur nom (lire l’encadré « Les Vertes voient rouge »).

“ Tu as pris des seins ”

Dans les semaines qui ont suivi, « une parole sexiste s’est exacerbée, notamment de la part de nos collègues masculins », observe Charlotte Soulary, collaboratrice d’un député. « Il y avait cette blague en vogue : “Je vais te faire une baupinade.” On ne les arrêtait plus, ils étaient persuadés d’avoir trouvé le bon mot. » Les assistantes de l’Assemblée en ont ras le bol. L’affaire Baupin est un « déclencheur » : en octobre dernier, Charlotte Soulary et une dizaine de consœurs lancent le blog Chair collaboratrice. À l’écran défilent des dizaines de témoignages anonymes sur le sexisme – plus ou moins ordinaire – que vivent celles qui travaillent dans le monde politique français. Comme cette attachée parlementaire qu’un député déshabille du regard et qui lui glisse : « C’est dangereux d’être seul avec vous dans cet ascenseur. » Celle à qui son élu fait remarquer qu’elle a « pris des seins », l’informe qu’il va « avoir besoin qu’[elle l’aide] à se détendre… » Ou cette autre qu’un collègue attire de force à lui pour lui « faire un câlin »… C’est bien simple : « Aujourd’hui, je ne peux pas mettre un pied à l’Assemblée ou au Sénat sans qu’elles me parlent du sexisme qu’elles vivent », constate Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui est régulièrement sollicitée dans le cadre de travaux parlementaires. Depuis l’affaire Baupin, l’association est submergée par les appels : « Le nombre de saisines pour harcèlement sexuel a triplé entre mai et décembre. » [Lire la suite dans Causette #76]

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