Ensemble, ils animent Les 30’ Glorieuses tous les matins sur Nova. Ensemble, ils ont coécrit Ingérable, le one-man-show de Yassine Belattar, actuellement à La Nouvelle Ève, à Paris. Quinze ans que le duo rit de l’actualité et lutte, par l’humour, contre les amalgames.

Causette : Sur scène, Yassine, vous présentez Thomas comme l’homme de votre vie. Entre vous, ça a été le coup de foudre ? Yassine belattar : C’est vrai que le mariage gay nous a permis d’officialiser pas mal de choses…

Thomas Barbazan : Je ne suis pas gay, je tiens à le dire aux lectrices de Causette !

Yassine : On s’est rencontrés à la radio hip-hop Générations 88.2, où Thomas faisait des flashs-infos saugrenus. Lors des élections américaines en 2000, il avait prévu l’élection de Bush avant tout le monde. Quand je l’ai vu en train de compter les États sur l’écran, je me suis dit : « Lui, il a l’air marrant. » Après, quand tu vois quelqu’un huit heures par jour et qu’accessoirement il te fait rire aux éclats, c’est assez simple. On est très complémentaires. Lui est plutôt de glace, et moi de feu. En général, j’ai des idées et il les structure. Pour moi qui ai un ego surdimensionné, travailler avec quelqu’un qui le régule, ça fait du bien. Sinon, je serais en train de faire du break torse nu à République !

Et qu’est-ce qui pourrait vous faire divorcer alors ?

Thomas : Disons que quand il a voté Le Pen en 2012… [Rires.] Yassine : Il n’y a jamais eu de jalousie entre nous et on a construit notre confiance en dehors de notre métier. Mes filles appellent Thomas « tonton ». Donc, je ne vois pas comment on pourrait se séparer. En général, ce qui sépare les duos, c’est l’argent. Nous on n’en parle jamais, ou assez peu. Thomas déteste négocier, du coup, je m’en occupe. Même les femmes qu’on croise dans nos vies savent très bien qu’il y a un truc auquel il ne faut pas toucher : c’est l’un et l’autre !

Pourquoi avoir choisi l’humour pour parler de l’actualité ?

Thomas : Ça a toujours été notre marque de fabrique. On a été inspirés par les mêmes personnes, celles qui avaient un vrai regard sur la société, comme Coluche, Desproges ou Le Luron. On ne se voyait pas faire des sketches qui n’ont pas de sens ou pas de fond – même si on a déjà fait des trucs absurdes et bêtes. On aime bien rire du pire, et le pire, c’est ce qu’il se passe dans l’actu. On a ce qu’il faut en ce moment !

Au moment des révoltes en banlieues, en 2005, vous animiez une libre antenne et un « couvre-funk » musical. Aujourd’hui, on vous retrouve dans Les 30’ Glorieuses, sur Nova, une « émission de dédramatisation sociale ». Êtes-vous des médiateurs ?

Yassine : Quand on était à Générations, on les a vécues ces émeutes. On est allés à Clichy-sous-Bois, Villiers-le-Bel. C’était naturel pour nous. On a été responsables très jeunes, justement parce qu’on avait une libre antenne, l’une des plus puissantes d’Île-de-France. À cette époque, mon estime a baissé vis-à-vis des rappeurs, ceux qui appellent au tumulte et à la rébellion, mais qui, pour certains, resteront gentiment chez eux. En même temps, il y a une forme d’irresponsabilité à continuer les émeutes quand même la victime [d’abus policiers, ndlr] te dit qu’il faut calmer le jeu.

Thomas : Ça fait douze ans qu’on répète les mêmes choses sur les violences policières, car rien ne change, l’histoire se répète. [Lire la suite dans Causette #76]

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