Certains y ont laissé un œil, d’autres leur vie. Dans l’indifférence quasi générale, des familles tentent depuis plus de trente ans d’alerter sur la réalité des violences policières. Un sujet tabou dont personne – ou presque – ne veut entendre parler.


Ils s’appellent Abdelhakim Ajimi, Ali Ziri, Mahamadou Marega, Loïc Louise, Rémi Fraisse ou Daranka Gimo… D’une décen- nie à l’autre, les noms changent. Les visages aussi. Mais les « dérapages » et « bavures » policières, eux, continuent d’émailler l’actualité, charriant leur lot de corps mutilés et de familles endeuillées. En 1980, dans la nuit du 18 octobre, c’est celle des Ben Mohamed qui en a tragiquement fait les frais. Ce soir-là à Marseille (Bouches-du-Rhône), Lahouari, 17 ans, est tué à bout portant lors d’un banal contrôle par un CRS qui disait avoir « la gâchette facile ». L’agent, qui écopera de dix mois de prison (dont quatre avec sursis), bénéficiera finalement de l’amnistie présidentielle, en 1987. Coup dur pour les Ben Mohammed.

Depuis, Hassan Ben Mohamed, le petit frère de Lahouari, est devenu flic. C’est une amie qui lui en a soufflé l’idée : la proposition, qu’il a d’abord « rejetée en bloc », a fait son bout de chemin. Après avoir consulté sa mère, il a donc postulé comme adjoint de sécurité en 1999, avec l’espoir de « prendre la place d’un raciste » et de « faire avancer les choses ». L’ombre de son frère n’étant jamais très loin, il a aussi décidé d’investiguer sur les circonstances de son assassinat dans un livre-enquête, La Gâchette facile, paru en 2015. Mais l’actualité ne cesse de lui revenir comme un boomerang. « Depuis les années 1980, j’ai l’impression qu’on retombe toujours sur le même schéma : des jeunes victimes de violences policières, les collectifs qui se montent, les manifestations… Quand je vois les images, sans même connaître le fond de l’affaire, ça me ramène tout de suite à l’histoire de mon frère. C’est dommage qu’il faille en arriver là pour se faire entendre. Mais c’est nécessaire », estime Hassan, résigné, au bout du fil. [Lire la suite dans Causette #77]

Publicités