Aladdin Charni, squatteur professionnel et organisateur de soirées clandestines mémorables, est avant tout un éclaireur. À l’initiative du Freegan Pony, un resto de récup alimentaire unique en son genre, il construit à son échelle des petits îlots de partage et d’humanisme. Et par les temps qui courent, ce n’est pas un luxe.

On le retrouve dans un recoin du très pitto- resque Quartier latin, à Paris. C’est ici, dans un immense hangar désaffecté, qu’Aladdin Charni et Freegan Pony, son collectif, se sont installés pour quelques mois. Comme une trentaine d’autres structures (associations, start-up, entreprises sociales), ils louent un petit espace de travail à l’association Plateau urbain, chargée de gérer cette friche de 1 800 mètres carrés jusqu’à sa transformation en hôtel de luxe. Une occupation temporaire – mais tout à fait légale – qui permet, notamment, au propriétaire des lieux d’empêcher… le squat ! Assez ironique, quand on sait qu’Aladdin Charni est juste- ment l’un des plus grands squatteurs de la capitale. Un mode de vie qu’il cultive avec passion et dans lequel il est tombé « par hasard », il y a maintenant dix ans.

“Lui, c’est un ouf ”

À l’époque, pourtant, il ne connaît absolu- ment rien de ce monde parallèle. L’envie est née comme ça, un beau soir de 2007, lors d’une discussion de fin de soirée avec un copain. Copain qui se trouve avoir parmi ses amis d’enfance un certain Julien Boucher, l’un des fondateurs de Macaq, un collectif parisien alors très actif en matière de squat. Un mois plus tard, Aladdin les rejoint. « Le jour où je suis arrivé, ils se sont fait expulser. Je me suis accroché à la fenêtre du deuxième étage et ils se sont dit : “Lui, c’est un ouf, il faut qu’on le prenne avec nous”, se souvient-il. Rapidement, ils m’ont proposé une chambre dans un immeuble en face du parc Monceau, un grand truc qui appartenait à Hosni Moubarak [ex-président égyptien, ndlr]. » Depuis, Aladdin Charni n’a jamais repris d’appart.

« Avec le recul, j’ai compris que ce qui m’attirait, c’était la vie en communauté », analyse-t-il du haut de ses 33 ans. Une réponse instinctive, viscérale même, à une jeunesse marquée par la solitude. Né à Lyon, cet enfant d’immigrés tunisiens a passé les trois premières années de sa vie avec sa grand-mère, à Bizerte, une ville côtière du nord de la Tunisie. « Je croyais que c’était ma mère. D’ailleurs, je l’appelle encore maman », sourit-il. Sauf qu’un beau jour, sa mère, la vraie, décide de le ramener avec elle en France. Déracinement total : « Sur le bateau, je pleurais, je ne comprenais pas pourquoi cette inconnue m’emmenait avec elle. » Dès lors, la Tunisie, ce sera pour les vacances d’été. L’un des rares rayons de soleil venant éclairer une enfance « très triste ».

« Mes parents travaillaient tout le temps. Ma mère, qui devait subvenir aux besoins de sa famille en Tunisie, avait un boulot de caissière, un autre de femme de ménage et faisait du repassage très tard le soir. Elle commençait à 7 heures du matin et finissait à 2 heures. On ne manquait de rien, mais elle n’était jamais disponible. Elle n’avait pas le temps de répondre à nos questions, par exemple », raconte Aladdin. À la maison, lui et sa grande sœur n’ont pas intérêt à sortir des clous : « On n’avait pas le droit de sortir, de jouer, de regarder la télé, de lire des magazines, de parler entre nous. » Bref, on s’emmerde sec chez les Charni. Dès qu’il le peut, Aladdin largue donc les amarres. [lire la suite dans Causette #78]

 

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